Corona à Madagascar

Le coronavirus à l’heure malagasy témoinage écrit par une habitante d’Antananarivo (Avril 2020)

Corona à Madagascar:

Depuis l’annonce de l’existence du coronavirus  à Madagascar, le 20 mars 2020. Les cas augmentent chaque jour. En 10 jours de confinement, 57 cas ont été annoncés. Les mesures de préventions sont renforcées mais les malagasy font quasiment la sourde oreille.

Voilà que dans la soirée du 20 mars 2020, le  Président  de la République Andry Rajoelina annonce l’existence de 3 cas de coronavirus Covid19 à Madagascar. Les cas sont importés de France via les différents vols desservant les deux pays du 17 au 19 mars 2020. Les mesures de prévention sont annoncées  pour 15 jours qui viennent: les manifestations publiques, culturelles, cultuelles, sportives ou autres sont interdites les écoles et les universités sont fermées. Les gestes de prévention à respecter ont été communiqués.

Corona à Madagascar (21 mars dernier):

Madagascar est  déclaré en état d’urgence sanitaire face à la pandémie de coronavirus.

La veille, la nouvelle s’est abattue comme un  couperet  sur les malagasy mais dès le lendemain de l’annonce, les réactions divergent. Certaines personnes ont pris  les déclarations officielles à la légère et d’autres ont immédiatement adoptés les mesures de précaution préconisées. Toujours est-il que généralement, les mesures ne sont pas appliquées à la lettre. Respecter ou faire respecter la distance d’un mètre est quasiment impossible dans la rue, surtout sur les marchés.

Devant une pharmacie du quartier,  une queue longue de 50m, s’est vite formée dès que celle-ci a ouvert ses portes. Les personnes cherchent à se fournir de masques et d’autres médicaments. Les personnes qui font la queue ne pensent même pas au respect de la distance, l’urgence est aux masques  et personne ne se soucient du prix. Nécessité oblige. Un masque jetable s’achète à 8.000 ariary (presque 2 euro).

Plus loin, un groupe de jeunes hommes se moquent  ouvertement  des personnes qui font la queue et continuent de s’échanger des blagues sur le coronavirus. Eux non plus ne se soucient pas des mesures préconisées.

Il y a ceux qui optent pour le déni et ce sont ces personnes qui cherchent leur gagne-pain  au jour le jour.  Ce jeune homme qui travaille comme mécanicien  dans mon quartier n’a rien changé de ses habitudes. Il arrive sur les lieux de son travail avec ses outils  à ses heures habituelles et commence à attendre ses copains et les voitures à réparer. Interrogé sur ses moyens de déplacement, Il affirme qu’il est venu à pied. Il habite à deux heures de marche de son lieu de travail.  Il ne s’alarme d’aucune mesure et affirme que le coronavirus est encore une pure invention des autres et que maladie n’existe pas.  Les vendeurs de légumes dans les quartiers en font autant. Rita vend des fruits dans le quartier et elle ne pense qu’à liquider ses marchandises avant midi. Elle interpelle les clients et va même jusqu’à les toucher pour les interpeller.  Interrogée sur sa façon d’agir. Elle répond qu’elle ne sait plus. Elle est dépassée par les évènements.  Chaque matin, les mères de familles se dépêchent de se rendre au marché  du quartier de bon matin pour éviter l’heure des affluences et ce, pour reconstituer leur stock de vivre.

Pourtant au lendemain de l’annonce, les huiles, les graines sèches comme les haricots ou les pois bambara secs, les pâtes ont  rapidement disparus des épiceries en un rien de temps.  Les citrons et les gingembres ont suivi. Ces deux produits sont réputés comme des produits efficaces pour se prémunir de la toux, de la grippe et pourquoi pas du Covid 19. Depuis leur prix ont augmenté : le citron qui a côuté 200 ariary, s’achète  désormais à 500 ariary. Dès le lendemain, feuilles de « ravintsara » et d’ « eucalyptus globulus » ont inondé les marchés de quartier et les rues.  L’Eucalyptus globulus  est longtemps considéré par les Malagasy comme une plante médicinale pour alléger les effets de la toux  et alléger la fièvre. Le ravintsara n’est pas très bien connu mais aucune importance, autant prendre ce qui est disponible.  En effet,  leur odeur aromatique, bouillie avec de l’eau ou brûlée lorsqu’elles sont sèches, dégage les voies respiratoires et tue le virus.  Les malagasy ont toujours l’habitude de recourir aux remèdes des grand-mères et plus d’un foyer a sûrement adopté ces remèdes chez soi.

Corona à Madagascar (Dimanche 22 mars):

Rien ne semble perturber l’habitude  des Malagasy. Seuls, les services religieux ont été dispensés via internet mais tout le monde a pu encore se déplacer et vaquer à leur tâche dominicaine. Comme l’école est fermée, ma voisine a expédié ses  enfants chez leurs grands-parents  à la campagne et d’autres voisins ont accueilli des enfants chez eux. Ou vice-versa, les seniors qui vivent seuls se rendent chez leur enfants en ville.    Ma mère vivant toute seule m’a tannée en arrivant chez moi « Pourquoi m’avez-vous demandé de me rendre tout de suite à Tana sans me donner le temps de me préparer? ». Le lendemain, elle m’a remerciée d’avoir pris les bonnes dispositions sinon, elle serait coincée toute seule chez elle durant 15 jours, et le marché le plus proche est à une demi-heure de chez elle.

Pour moi, j’ai dû me rendre avec mon fils et sa famille m’acquitter des obligations sociales chez la famille de mon autre belle fille. Elle a perdu la sœur de sa mère. Nous nous sommes entassés, 4 adultes et 2 enfants en bas âge dans une voiture à 5 places sans se soucier du respect de la distance. Devant la maison mortuaire. Une annonce nous rappelle les gestes à respecter.  Pourtant, après la présentation des condoléances, nous sommes encore restés un temps avec les membres de la famille qui font vont et viennent sans se soucier de rien. Nous avons encore envisagé d’assister à l’enterrement mais la situation a évolué. Du coup, le lundi j’ai dû me conformer aux nouvelles mesures et renoncer au rassemblement.  D’autant plus que j’ai attrapé une grippe carabinée.

La nuit du dimanche 22 mars, les mesures de prévention de la maladie ont été renforcées,  encore dispensées par le Président de la République. Tous les moyens de déplacement de personne (bus, taxi, taxi be,  tous les taxi-brousse) ont été suspendus, tout le monde doit se confiner chez soi mais les travailleurs privés doivent se référer à leur patron pour prendre les dispositions requises. Tous les points de vente de produits de première nécessité peuvent ouvrir leur porte jusqu’à midi. Les hôpitaux, les pharmacies, les banques, les tribunaux, les bureaux de sécurité, ainsi que les stations à essence sont ouverts. Une seule personne  par famille est autorisée à sortir pour faire l’achat de nourritures. Tous les marchés sont ouverts jusqu’ à midi. Des « Tsena mora » (marché dans le fokontany à prix très bas) dans chaque fokontany seront instaurés pour assurer le ravitaillement de la population. Les mesures concernent la capitale et Toamasina. Un couvre-feu est imposé la nuit dans ces deux villes

Corona à Madagascar (23 mars):

23 mars, les travailleurs dans les organes privés sont confrontés à des problèmes. Comment se rendre au travail.  Ceux qui vivent dans les zones suburbaines ne peuvent rien faire mais ceux qui peuvent se rendre au bureau à pied, y vont. La rue grouille de piétons, les uns masqués, les autres non.  Le stress semble marquer les visages.  L’anxiété ronge et le stress rongent le visage de tout un chacun mais personne ne se plaint. Tous les citoyens sont logés à la même enseigne: l’incertitude du lendemain.

Chaque jour à 13 heures, la situation du coronavirus est reportée sur tous les medias, publics et privés confondus  depuis le  centre opérationnel de commandement COVID-19 basé au Mining Business Center Ivato. Les produits de première nécessité existe sur le marché du quartier et les prix sont réguliers. Les autorités  y veillent et des agents inter-ministériels font une descente périodique  pour contrôler les prix dans les épiceries et les marchés des quartiers.

Corona à Madagascar (Vendredi 26 mars)

Coup de théâtre. Au journal officiel de 13 heures. Le nombre de cas de personnes atteintes du coronavirus s’est élevé à 24 avec un « cas contact », une personne qui n’a pas bougé du pays mais qui a côtoyé les porteurs d’une façon ou d’une autre.  Les intervenants ont également reporté leur constatation de la situation dans les rues et sont scandalisés par les attitudes des malagasy. Le respect des mesures n’est aucunement maintenu dans les rues. Les gens continuent de s’amasser lorsqu’un avènement survient localement (accident,…).   Aussi les mesures de contrôles  sont encore renforcées.  Ce jour, au milieu de l’après –midi, d’après un reportage télévisé,  je constate des barrages de contrôle, installées ici et là, des forces de l’ordre en patrouille. Des conducteurs sont interrogés sur leur destination et  sont   interdits de se rendre au cœur de la ville, certains ont été même refoulés et sont priés de revenir sur leur route. Le nombre de passagers sont contrôlés : 2 en voiture et 1 en moto. Les gens sont  simplement renvoyés chez eux.

Samedi. A partir de midi, les rues ont  été nettoyées et les gens ont été priés de rester chez eux.  En fin d’après-midi, les hommes continuent de discuter  en petit groupe dans la rue, cette fois-ci en respectant la distance d’un mètre.

Corona à Madagascar (A partir de lundi – 30 mars)

A partir de lundi (30 mars), des vivres ont commencé à être distribués à 240.000 personnes à Tana et à Toamasina, des personnes dont les professions sont les plus touchées par le confinement, aux handicapés et aux personnes âgées.

Les malagasy sont en attente de l’issue de l’évolution du coronavirus malagasy. Tout le monde est prié de s’apaiser.  Pour l’heure, le pays peut faire face à 2000 malagasy.

écrit par une habitante d’Antananarivo en mars / avril 2020

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